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Les personnes handicapées constituent ou peuvent constituer une main-d’œuvre dont le Québec ne peut se priver alors que plusieurs entreprises vivent d’importants problèmes de recrutement. Les perspectives professionnelles 2006-2010 tracées par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale présentent d’ailleurs de nombreuses opportunités d’emploi.
Selon cette étude, on devra combler au cours de cette période 690 000 postes dont 450 000 pour lesquels on connaît les compétences recherchées puisqu’il s’agit d’emplois généralement liés à des départs à la retraite1.
Ce contexte favorable à l’emploi doit guider le choix des actions à poser afin que la Stratégie nationale pour l’intégration et le maintien en emploi des personnes handicapées ait une portée significative sur leur insertion professionnelle. De surcroît, il nous semble que cette stratégie ne peut pas être dissociée des objectifs du plan gouvernemental, Briller parmi les meilleurs, dont la réalisation suppose une coordination interministérielle efficace.
Les propositions que nous vous soumettons dans ce document s’inscrivent dans cette perspective plus large en gardant à l’esprit les pistes d’action que nous vous avons déjà présentées en mai 2006 et les résultats de la consultation que vous avez initiée auprès de différents acteurs. Nous voudrons cependant mettre davantage en relief des aspects plutôt liés à la mise en œuvre de cette stratégie puisque les objectifs auxquels elle souscrit sont déjà largement partagés.
Quelques mots-clés résument notre présentation : responsabiliser, agir, investir, coordonner et évaluer.
La mise en œuvre de cette stratégie repose sur la contribution de différents acteurs dont l’imputabilité doit être clairement définie. Nous insisterons sur le caractère impératif de certaines de ces responsabilités.
L’État doit donc s’engager, dans la mise à jour de sa politique portant sur la participation sociale des personnes handicapées2 , à aplanir les obstacles qui nuisent à la réalisation des activités de leur vie courante et qui sont notamment liés à la vie quotidienne, à l’habitation, aux communications, aux déplacements et à l’accessibilité aux lieux.
L’état doit donc réviser ces règles dans la perspective de mettre en place des moyens qui sont réellement favorables à l’emploi.
L’État doit s’engager à réviser cette loi afin d’assujettir la Fonction publique québécoise à ces obligations de résultats.
L’État doit veiller à ce que les entreprises aient un accès simple et rapide aux programmes, mesures et services et puissent aussi compter sur des solutions appropriées aux obstacles rencontrés, offertes au moment même où le besoin se fait sentir.
L’État doit favoriser leur développement et encourager par des politiques appropriées l’achat de biens et services chez ces fournisseurs.
L’État doit faire preuve d’un solide leadership afin de coordonner de façon efficace l’ensemble des différentes actions.
Les pistes d’action que nous vous avons présentées en mai 2006 reflètent en particulier notre préoccupation à l’effet que les objectifs généraux de cette stratégie prennent forme concrètement.
Il nous semble aussi que ces objectifs ne peuvent se réaliser en dehors des particularités de la réalité socioéconomique de chacune des régions du Québec. Cela suppose la mise en œuvre de plans régionaux visant l’arrimage entre l’offre et la demande d’emploi à partir d’une connaissance fine des besoins de main-d’œuvre et des compétences qui sont requises. Certains acteurs doivent être particulièrement pressentis par la mise en œuvre de ces plans d’action régionaux : les Conseils régionaux des partenaires du marché du travail, les Directions régionales d’Emploi-Québec et les Tables de concertation régionale pour l’emploi des personnes handicapées.
Ces plans régionaux doivent s’élaborer en fonction de certains axes d’intervention.
Malgré les progrès réalisés au cours des dernières années au plan de la formation3, des efforts majeurs doivent encore être consentis afin que les personnes handicapées se dotent des qualifications qui leur permettent de constituer une main-d’œuvre recherchée.
Les perspectives professionnelles 2006-2010 produites par Emploi-Québec démontrent clairement que la formation professionnelle et technique constitue un levier important pour accéder au marché du travail.
Bien que la formation postsecondaire s’avère indispensable pour accéder à environ 45 % des emplois selon l’étude réalisée par Emploi-Québec sur le marché du travail pour 2006-20109, les personnes handicapées demeurent sous-représentées à ce niveau.
Ces données doivent toutefois être appréciées avec prudence puisque les personnes handicapées qui poursuivent des études au postsecondaire ne s’inscrivent pas obligatoirement à ces services d’aide. Ces statistiques constituent néanmoins des indicateurs significatifs, malgré leurs limites, et ne sont pas sans liens avec les autres données évoquées précédemment sur la présence des personnes handicapées aux autres niveaux de formation.
Une enquête portant sur l’impact des représentations sociales sur l’emploi, conduite notamment dans la région du Bas-Saint-Laurent, présente des résultats qui, malgré les limites méthodologiques de l’étude, font réfléchir12.
L’auteur de cette enquête a eu l’occasion de présenter ces résultats lors de la rencontre nationale que le CAMO a organisée en mars 2007, réunissant des partenaires des différentes régions du Québec.
Cette recherche fait ressortir diverses réalités subjectives qui s’expriment le plus souvent par leur pôle négatif :
Certaines de ces représentations expliquent peut-être partiellement la situation décrite précédemment, portant sur la sous-représentation des personnes handicapées en formation.
En raison de la nature de ces représentations, leurs effets peuvent être souvent concomitants. Les interventions à entreprendre demeurent complexes dans certains cas, visent différentes cibles et font appel à des expertises variées.
Ces actions sont pourtant essentielles et peuvent se retrouver au centre de la démarche d’emploi de plusieurs personnes handicapées.
L’ampleur du redressement à effectuer par la mise en œuvre de cette Stratégie nationale pour l’intégration et le maintien en emploi des personnes handicapées ne peut pas se réaliser sans consentir à certains investissements additionnels aux ressources financières consacrées actuellement aux services, programmes et mesures.
Il s’agit en effet d’investir dans le développement des compétences des personnes handicapées, constituant ainsi une main-d’œuvre dont le Québec a besoin pour relever le défi évoqué dans l’analyse des perspectives professionnelles 2006-2010. La population active croît en effet actuellement moins rapidement que l’emploi. Les compétences des personnes handicapées s’avèrent donc un « actif » dont on ne peut pas se priver.
Cet investissement doit cependant faire l’objet d’une reddition de compte par rapport à la réalisation de l’ensemble des activités proposées dans ce plan d’action articulé autour des trois principaux axes évoqués précédemment : améliorer la qualification de la main-d’œuvre, faciliter l’arrimage entre l’offre et la demande de main-d’œuvre et contrer les effets négatifs des représentations sociales.
Ce dernier axe d’intervention nécessite à lui seul d’investir notamment dans une vaste campagne de sensibilisation aux réalités des personnes handicapées et de promotion de leurs compétences.
Cela requiert des expertises particulières afin d’élaborer des stratégies de communication appropriées. Mais cela requiert également des ressources financières dédiées spécifiquement à cet objectif.
Enfin, les acteurs régionaux conviés à actualiser les objectifs nationaux de cette stratégie doivent pouvoir compter sur des ressources à la hauteur des défis proposés.
La nature et les niveaux des interventions qui sont requises doivent faire l’objet d’une coordination interministérielle puisque ces activités mettent à contribution différents ministères et organismes.
Des besoins de coordination plus spécifiques se font également sentir dans l’élaboration des plans d’action régionaux articulés autour des axes que nous avons proposés. Les directions régionales d’Emploi-Québec doivent à cet égard intégrer dans leur plan d’action régional ces objectifs spécifiques. Les acteurs socioéconomiques des régions doivent également participer à ces orientations.
Enfin, la mise en œuvre régionale des objectifs nationaux de cette stratégie nécessite des besoins de coordination générale. Cette coordination doit reposer sur une vision globale des activités à réaliser, une expertise appropriée pour soutenir les différents types d’intervention et une approche favorisant le partenariat et la concertation.
Nous croyons que le CAMO pour personnes handicapées répond à ces critères par la structure partenariale qui le caractérise et par le leadership professionnel qu’il exerce dans cet esprit de concertation.
Ce rôle nous semble également s’inscrire dans le mandat général défini par l’Entente-cadre sur le développement sectoriel de la main-d’œuvre et de l’emploi entre le Comité d’adaptation de la main d’œuvre pour personnes handicapées et le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Ce mandat est articulé autour de cinq objectifs :
La consultation menée par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale a fait ressortir très clairement l’importance d’évaluer l’efficacité avec laquelle cette stratégie favorisera réellement l’intégration et le maintien en emploi des personnes handicapées. Des indicateurs ont été évoqués à cet égard, certains étant plus pertinents, plus réalistes ou prenant en compte que les personnes handicapées ne constituent pas un groupe homogène et que la nature et le degré de sévérité des limitations doivent aussi être pris en considération.
La question de l’évaluation nous semble toutefois plus large dans la mesure où le plan d’action que nous proposons vise également la réalisation de préalables à l’intégration au travail pour une partie importante de la clientèle. Les résultats à évaluer sont indissociables des besoins à combler. Ces résultats sont eux-mêmes tributaires des activités mises en œuvre, évaluées du point de vue de leur pertinence, de leur efficacité et de leur efficience.
Il nous apparaît qu’il importe d’abord de définir de façon précise et opérationnelle les objectifs du plan d’action à concrétiser en les traduisant en résultats attendus. Cela suppose aussi de dresser une liste plus exhaustive des indicateurs qui permettent de rendre compte de ces objectifs.
La question du délai pour atteindre ces résultats se pose aussi. Comme l’ont souligné plusieurs groupes lors de la consultation, il semble pertinent d’établir des objectifs à court, moyen et long terme en mesurant de façon continue l’évolution des résultats. Cette approche permet plus facilement de corriger le tir, au besoin, et d’agir avec réalisme et pragmatisme.
Le défi à relever est de taille dans la mesure où la situation que nous voulons corriger est caractérisée par la conjugaison d’un ensemble de facteurs qui accroît son niveau de difficulté et de complexité. Cela nécessite l’engagement et la mobilisation de plusieurs acteurs. Ce projet peut questionner aussi certaines façons de faire même si nous ne connaissons pas toujours toutes les solutions avant de les avoir expérimentées.
Plusieurs personnes handicapées et plusieurs partenaires ont des attentes importantes par rapport à l’implantation de cette stratégie. On doit particulièrement trouver des assises concrètes aux finalités et aux objectifs généraux qui sont déjà largement partagés. On peut toutefois compter sur l’entière collaboration de plusieurs partenaires à contribuer au succès de ce projet.
Comme nous avons eu l’occasion de le souligner à quelques reprises, le contexte demeure favorable à l’emploi. Plusieurs employeurs veulent assumer le défi que représente la gestion de la diversité et de l’équité en emploi.
Il nous faut maintenant saisir cette opportunité au profit de la réalisation personnelle et professionnelle des personnes handicapées.
1. Le Marché du travail au Québec - Perspectives professionnelles 2006-2010, p. 5(retour note 1)
2. Projet d'une proposition pour accroître la participation sociale des personnes handicapées, document de consultation, Office des personnes handicapées du Québec, août 2007(retour note 2)
3. Diagnostic sur la formation et l'emploi des personnes handicapées au Québec, CAMO pour personnes handicapées, 2006, p. 17(retour note 3)
4. Plan d'action en matière d'éducation des adultes et de formation continue, Apprendre tout au long de la vie, p. 3(retour note 4)
5. Rapport statistique sur les prestataires des programmes d'assistance sociale, avril 2007, p. 3(retour note 5)
6. Rapport statistique sur les prestataires des programmes d'assistance sociale, avril 2007, p. 3(retour note 6)
7. MELS, Principales statistiques de l'éducation en 2004-2005(retour note 7)
8. Présence des personnes handicapées en formation professionnelle, CAMO pour personnes handicapées(retour note 8)
9. Le marché du travail au Québec, Perspectives professionnelles 2006-2010, Gouvernement du Québec, 2007, p. 7(retour note 9)
10. Statistiques sur la fréquentation des jeunes qui étudient au cégep et qui sont handicapés, compilation fournie par la Direction des affaires étudiantes du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, pour tous les collèges publics, septembre 2007(retour note 10)
11. Association québécoise interuniversitaire des conseillers aux étudiants ayant des besoins spéciaux, 2005-2006(retour note 11)
12. KABANO, John, L'impact des représentations sociales sur l'emploi. Présentation faite au Comité de concertation et de consultation des travailleurs et travailleuses handicapé(e)s, mai 2006(retour note 12)
La Commission des partenaires du marché du travail contribue au financement des activités du
Comité d'adaptation de la main-d'oeuvre (CAMO) pour personnes handicapées.
Pour plus de renseignements sur le marché du travail et sur les programmes et services publics d'emploi, consultez le site d'Emploi-Québec.