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Conférence présentée dans le cadre de la journée de travail sur la société de l'information et l'éducation des adultes, organisée par l'Institut canadien d'éducation des adultes (ICEA) le 8 avril 2003 à Montréal.
Catherine Roy Conseillère Formation & Développement de l'emploi CAMO pour personnes handicapées www.camo.qc.ca/ntic camo@camo.qc.caPlusieurs des informations présentées dans le cadre de cette conférence se retrouvent dans le rapport de la rencontre sur l'apprentissage virtuel (note 1) que le CAMO a organisée en octobre dernier dans le cadre de la Semaine québécoise des adultes en formation (note 2). Pour recevoir une copie du rapport en imprimé ou en médias substituts, je vous invite à communiquer avec moi. De plus, vous pouvez consulter notre site Web (note 3) dans lequel on retrouve une foule d'informations sur les questions liées à l'accès aux technologies.
On peut faire le constat général suivant : le Québec accuse un retard important en matière d'accessibilité aux technologies de l'information :
Cette situation n'est pas unique au Québec. C'est sans contredit une problématique mondiale et cela se reflète, entre autres, par la quasi-absence des enjeux touchant les personnes handicapées dans les travaux entourant le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) (note 4). Toutefois, si l'on fait la comparaison avec d'autres sociétés modernes, on tarde ici à prendre en considération cette dimension.
Plusieurs pays ont mis en place des mesures ou ont adopté des politiques et des lois pour s'assurer que les technologies développées, notamment le Web et les réseaux gouvernementaux en ligne, soient accessibles aux personnes handicapées (note 5). Les approches varient d'un pays à l'autre. Certains ont choisi d'établir des droits humains ou civils en regard aux technologies de l'information alors que d'autres ont plutôt misé sur l'approvisionnement de technologies accessibles par les gouvernements ou encore l'obligation d'assurer l'accessibilité de produits vendus ou diffusés dans certains marchés spécifiques, etc.
Voici quelques exemples :
Les États-Unis ont légiféré de façon déterminée à ce niveau, adoptant une loi anti-discriminatoire (Americans with Disabilities Act (note 6)) qui touche plusieurs entités publiques et privées et légiférant de façon plus spécifique l'approvisionnement gouvernemental (Section 508 du Rehabilitation Act (note 7)).
Au Canada, soulignons l'adoption en mai 2000 de normes et directives sur la normalisation des sites Internet (NSI) (note 8) qui contiennent des critères d'accessibilité s'appuyant sur des normes développées au niveau international (note 9) et qui obligent à toute institution publique fédérale de s'y conformer en date du 31 décembre 2002. De plus, le gouvernement fédéral a développé un outil d'approvisionnement (Accessible Procurement Toolkit (note 10)) qui inclut des critères d'accessibilité aux personnes handicapées.
Notons aussi que l'Ontario a légiféré en 2001 (note 11) sur l'accès aux technologies de l'information dans les milieux gouvernementaux, obligeant l'ensemble du gouvernement de l'Ontario à tenir compte des besoins des personnes handicapées dans l'achat de matériel électronique et informatique et à fournir des sites Web accessibles.
Ailleurs dans le monde, d'autres pays ont adopté des politiques ou des lois à ce niveau, tels le Portugal, l'Australie, le Royaume-Uni, la France, etc. Il importe de souligner que les divers moyens que se sont donnés ces pays réfèrent ou s'inspirent des lignes directrices et normes développées par le World Wide Web Consortium (W3C)
Aussi, diverses initiatives ont été développées, dont certaines très intéressantes, au Canada. Particulièrement, le Adaptive Technology Resource Centre (note 12) de l'Université de Toronto a mené ou a été impliqué dans plusieurs projets de recherche et de développement au cours des dernières années, dont une étude faisant l'évaluation de didacticiels (note 13) et un projet de recherche mettant l'accent sur les enjeux propres aux activités éducatives livrées sur les réseaux à haut débit (note 14).
Mentionnons aussi les spécifications d'accessibilité (note 15) en matière d'apprentissage virtuel élaborées par IMS Global. Ces spécifications s'appuient sur des normes et directives reconnues au niveau international.
Comme on peut le constater, ce ne sont pas les exemples qui manquent. Plusieurs initiatives intéressantes ont été développées dans ce domaine et il est urgent que le Québec fasse des démarches dans ce sens.
Pourquoi? Considérons brièvement la situation socioprofessionnelle des québécois handicapés (note 16) : ceux-ci constituent 15 % de la population québécoise, soit plus d'un million de personnes, dont la moitié vit avec une incapacité légère.
Sur le plan de l'éducation, le portrait est peu reluisant :
Sur le plan du travail, ce n'est guère mieux :
Bref, parmi les populations marginalisées, celle des personnes handicapées est généralement la moins scolarisée, la plus inactive et, conséquemment, la moins présente sur le marché de l'emploi et la plus pauvre (note 17) au Qu ébec. L'utilisation de plus en plus importante des technologies de l'information dans divers secteurs et le manque d'accessibilité de ces différentes technologies posent donc des enjeux importants.
Les innovations constantes dans le domaine des TIC, surtout depuis les 10 dernières années, ont certes donné lieu à de nouvelles possibilités d'adaptation mais d'un autre côté, elles ont engendré des obstacles supplémentaires. Par exemple, l'arrivée du multimédia a provoqué son lot de barrières technologiques pour les personnes ayant des déficiences visuelles, auditives et motrices.
Concrètement, l'utilisation du son, des images ou de la vidéo présente des difficultés importantes pour les gens qui ont une déficience visuelle ou auditive. L'obligation d'interagir seulement à l'aide d'une souris ou la complexité dans la navigation sont des problèmes sérieux pour les gens qui ont une incapacité motrice.
Aussi, les réseaux à haut débit, tout en permettant la personnalisation des contenus éducatifs, présentent un risque sérieux puisque les développeurs de contenu perdent une motivation importante d'inclure des alternatives équivalentes pour le contenu multimédia.
Les travaux scolaire qui nécessitent la consultation de documents sur le Web sont maintenant courants et l'inaccessibilité de la majorité des sites Internet au Québec et ailleurs représente un obstacle supplémentaire. Une enquête sur l'accessibilité du Web (note 18) réalisée en 2000 par le CRIM (note 19) avait révélé que seulement 6 sites sur les 50 sites évalués (soit 12 %) rencontraient des critères minimaux d'accessibilité. Parmi ceux qui ont obtenu les meilleurs résultats, la majorité était des sites du gouvernement du Canada. Notons que la majorité des problèmes relevés (manque d'équivalent texte pour les images ou les sons, taille et positionnement absolu des caractères, fenêtres pop-up, etc.) sont faciles à résoudre, il suffit d'y être sensibilisé.
L'état des connaissances au Québec en ce qui concerne l'accès aux technologies pour les personnes handicapées dans le domaine de l'éducation n'est pas très avancé (et cela est un problème en soi), mais certaines études démontrent qu'il y a lieu de s'inquiéter. Le Groupe Adaptech (note 20) a réalisé plusieurs recherches sur la question de l'accès aux technologies dans l'éducation postsecondaire.
Citons également une enquête réalisée à l'Université Concordia (note 21) dévoilée au congrès de l'ACFAS (note 22) l'année dernière. Cette étude visait à examiner comment les étudiants handicapés et les professeurs vivaient leur expérience avec les technologies à Concordia. Les résultats de cette enquêterévèlent, entre autres, que :
Nous croyons que ces résultats illustrent clairement le manque de sensibilisation et le grand besoin d'information et de formation nécessaires pour mieux répondre aux besoins des personnes handicapées. Nous croyons également que cela démontre bien que des interventions structurantes doivent avoir lieu à tous les niveaux (politique, juridique, administratif).
L'intégration des technologies dans le domaine de l'éducation se fait peut-être plus lentement que dans d'autres secteurs et pour les personnes handicapées, cela peut s'avérer positif d'une certaine façon, car il est encore relativement temps de minimiser les problèmes actuels et d'agir de manière proactive dans le développement et l'intégration des nouvelles technologies.
Il est essentiel que les milieux de l'éducation soient mieux informés des obstacles que peuvent représenter les technologies de l'information pour les personnes handicapées si l'on ne tient pas compte de leurs besoins et qu'ils s'engagent à mettre en place des solutions appropriées afin d'assurer à ces personnes un accès aux diverses formules éducatives disponibles à l'ensemble de la population. Les personnes handicapées accusent un retard important en matière de scolarisation et nous devons intervenir afin de prévenir des obstacles supplémentaires.
J'espère que ce bref survol vous aura donné envie d'en savoir plus, d'explorer non seulement les difficultés en présence mais aussi les possibilités d'inclusion que représentent les technologies pour les Québécois handicapés. De plus, je vous invite à communiquer avec moi pour toute information supplémentaire.
En terminant, j'aimerais saluer l'initiative de l'ICEA en ce qui concerne l'organisation de cette activité et je remercie les organisateurs pour cette invitation.

Cette publication a été réalisée grâce à l'aide financière d'Emploi-Québec.

Note 1 : Comité d'adaptation de la main-d'œvre pour personnes handicapées. Le eLearning et les personnes handicapées : solution ou mirage? , [En ligne], 2003, [www.camo.qc.ca/ntic/activites.htm].
Note 2 : Semaine québécoise des adultes en formation. [En ligne], 2002, [ www.semaine.icea.qc.ca ].
Note 3 : www.camo.qc.ca/ntic
Note 4 : www.itu.int/wsis
Note 5 : Pour obtenir des renseignements supplémentaires concernant les pays qui ont adopté des dispositions en matière d'accessibilité aux technologies de l'information, on peut consulter le site Web suivant : http://www.w3c.org/WAI/Policy/
Note 6 : http://www.usdoj.gov/crt/ada/adahom1.htm
Note 7 : http://www.section508.gov
Note 8 : http://www.cio-dpi.gc.ca/clf-upe/back-cont_f.asp
Note 9 : W3C/WAI, Directives pour l'accessibilité aux contenus Web (version 1.0) , mai 1999, [En ligne], [ http://www.internet.gouv.fr/francais/guide/ w3c/w3c.html ]
Note 10 : http://www.apt.gc.ca/
Note 11 : Ontario, Loi de 2001 sur les personnes handicapées de l'Ontario , chapitre 32, Lois de l'Ontario de 2001
Note 12 : http://www.utoronto.ca/atrc/
Note 13 : Inclusion in an Electronic Classroom 2000, [En ligne], [http://snow.utoronto.ca/initiatives/access_study/ inclusion.html ]
Note 14 : Creating barrier-free broadband learning environments [En ligne] [ http://www.barrierfree.ca/ ]
Note 15 : http://www.imsproject.org/accessibility/index.cfm
Note 16 : Ces données sont tirées de l'Enquête québécoise sur les limitations d'activités 1998 (EQLA), [En ligne] [www.stat.gouv.qc.ca/publications/sante/enq-qla98.htm]
Note 17 : 43% des québécois handicapés déclarent un revenu annuel de 11,999$ et moins. EQLA 1998, page 154, tableau 5.12
Note 18 : CRIM, Rapport d'évaluation de l'accessibilité de sites Web québécois, Rédigé pour le CAMO pour personnes handicapées, Rapport final (version abrégée) , août 2000, [En ligne], [ http://www.camo.qc.ca/ntic/crim.htm ]
Note 19 : http://www.crim.ca/
Note 20 : www.adaptech.org
Note 21 : McWhaw, K., Bissonnette, L., Schmid, R., L'intégration des technologies à l'Université Concordia : l'expérience des étudiants handicapés et leurs professeurs , Université Concordia, 2002
Note 22 : http://www.acfas.ca/

La Commission des partenaires du marché du travail contribue au financement des activités du
Comité d'adaptation de la main-d'oeuvre (CAMO) pour personnes handicapées.
Pour plus de renseignements sur le marché du travail et sur les programmes et services publics d'emploi, consultez le site d'Emploi-Québec.