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Conférence présentée dans le cadre du congrès
« Une société inclusive, c'est le monde sans obstacles » organisé par le Conseil canadien de la réadaptation et du travail (CCRT).
3 juin 2001, Montréal, Québec, Canada.
Catherine Roy
Conseillère
Formation & Développement de l'emploi
CAMO pour personnes handicapées
55, avenue du Mont-Royal Ouest
Bureau 1000, 10e étage
Montréal (Québec) H2T 2S6
Téléphone : (514) 522-3310
Sans frais : 1 888 522-3310
Télécopieur : (514) 522-4708
Téléscripteur : (514) 522-5425
Courriel : camo@camo.qc.ca
Site Web : www.camo.qc.ca
Le Comité d'adaptation de la main-d'oeuvre pour personnes handicapées (CAMO), fondé en 1994, fait partie de la famille des comités sectoriels. Nous sommes un organisme de partenaires financé principalement par la direction de l'intervention sectorielle d'Emploi-Québec.
Nous travaillons avec l'ensemble des partenaires du marché du travail (employeurs, syndicats, associations de personnes handicapées, ministères, établissements, etc.) afin de mettre en oeuvre des stratégies favorisant la formation, l'insertion et le maintien en emploi ainsi que la mobilité professionnelle des personnes handicapées, en lien avec la Politique active du marché du travail du gouvernement du Québec.
Concrètement :
Compte tenu du champ d'intervention du CAMO, nous avons été à même de constater la présence grandissante des NTIC dans les domaines de la formation et de l'emploi. Ces technologies se développent de façon exponentielle. En 10 ans à peine, nos milieux de travail et d'enseignement ainsi que nos façons de communiquer et d'accomplir nos activités quotidiennes ont été radicalement transformés. La preuve que ces technologies sont bien implantées n'est plus à faire et les spécialistes du domaine estiment que nous ne sommes qu'au tout début de cette véritable révolution.
Selon une enquête de Statistique Canada en 1991, les personnes handicapées constituent environ 14% de la population québécoise, soit près d'un million de personnes.

Source des données: Office des personnes handicapées du Québec - 1997
Le groupe « Autres » compte environ 225,000 personnes ayant une déficience intellectuelle. De ce groupe, 7 personnes sur 8 ont une déficience intellectuelle légère leur permettant de se réaliser dans l'accomplissement de leurs rôles sociaux.
Historiquement exclues sur le plan socioprofessionnel, les personnes handicapées ont fait des gains limitées jusqu'à présent et, au Québec, cette situation se reflète par :
L'utilisation de plus en plus importante des NTIC pour l'accomplissement d'une myriade d'activités liées directement ou indirectement à la formation et à l'emploi ainsi que le développement exponentiel que connaît ce secteur posent donc des enjeux importants.
Outre l'omniprésence des appareils informatiques et électroniques ainsi que des équipements de télécommunications dans pratiquement tous les domaines d'emploi, on estime que :
En ce qui concerne l'implantation des NTIC dans le réseau scolaire, les données sont plus difficiles à obtenir mais les développements sont suffisamment importants pour que le Conseil supérieur de l'éducation produise un deuxième rapport en cinq ans sur la question et qu'une des recommandations principales somme le gouvernement à élaborer une politique ministérielle sur les technologies nouvelles en éducation (voir note 4).
De plus, certaines études menées par Adaptech, un groupe de recherche universitaire québécois sur les technologies et les besoins des étudiants handicapés au post-secondaire, révèlent clairement les lacunes auxquelles sont confrontés les cégepiens ou universitaires handicapés. Pour plus d'informations, on peut visiter le site Web de ce groupe de recherche à : www.omega.dawsoncollege.qc.ca/adaptech.
Finalement, le ministre de l'éducation du Québec, François Legault, a annoncé au printemps 2000 un budget de plus de 3 M $ par année vouée à l'appropriation des NTIC par les élèves handicapés. Nous attendons toujours la mise en oeuvre de cette mesure.
Divers pays ont adopté des mesures pour s'assurer de l'adaptation d'Internet.
En 1990, les américains ont adopté une loi intitulée Americans with Disabilities Act (ADA) qui interdit la discrimination et veut assurer une chance égale aux personnes ayant des incapacités en matière d'emploi ainsi que dans l'accès aux services gouvernementaux, aux équipements publics, aux installations commerciales et au transport.
En vertu de cette loi, un employeur privé ou public de 15 employés et plus doit offrir des mesures raisonnables d'adaptation à tout employé ayant des limitations, ce qui inclut notamment les équipements informatiques et les logiciels.
En décembre 2000, le gouvernement fédéral américain publiait la Section 508 du Rehabilitation Act qui donne six mois à tout l'appareil gouvernemental pour adapter ordinateurs, logiciels, téléphones, équipements de télécommunication, vidéos et produits multimédia et, bien sûr, les sites Web. Cette nouvelle règle entre en vigueur en juillet 2001.
Jusqu'à présent, il n'existe pas de loi sur l'accessibilité des sites Web en France.
Cependant, le 7 octobre 1999, le premier ministre français a signé une circulaire "relative aux sites Internet des services et des établissements publics de l'État". Cette circulaire mentionne entre autres la nécessité de veiller à ce que les sites publics soient accessibles aux personnes handicapées et, en particulier, aux personnes handicapées visuelles et auditives.
Suite au Rapport Descargues, une décision du Comité interministériel pour la réforme de l'État du 12 octobre 2000, stipule que tous les sites Internet des services de l'État doivent être accessibles aux non-voyants, conformément aux prescriptions du Premier ministre (circulaire du 7 octobre 1999).
Les spécifications techniques correspondantes sont disponibles sur les sites www.internet.gouv.fr et
http://www.mtic.pm.gouv.fr/standards/accessibilite/ index.shtml.
Cette accessibilité aux personnes non-voyantes sera vérifiée, à échéance du 30 juin 2001, en collaboration avec l'association "Braille-Net" dans le cadre de l'évaluation publique annuelle des sites Internet publics menée par la DIRE.
En mai 2000, les ministres membres du Conseil du trésor du Canada ont approuvé les Normes et directives sur la Normalisation des sites Internet (NSI) et imposé à toutes les institutions visées aux Parties 1, 1.1 et 2 de la Loi sur la gestion des finances publiques l'obligation de s'y conformer d'ici le 31 décembre 2002.
Ce document réfère explicitement aux priorités 1 et 2 du WAI.
À la demande du CAMO, une étude du Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM) a été réalisée au cours de l'été 2000 et portait sur 50 sites québécois et canadiens choisis en fonction de leur intérêt pour les personnes handicapées (sites gouvernementaux, d'aide à la recherche d'emploi, de consommation et de transactions en ligne, etc.).
Pour cette étude, 50 sites ont été évalués de façon générale dont 10 ont fait l'objet d'une évaluation approfondie. L'outil d'évaluation utilisé était BobbyTM, développé par l'organisme américain Center for Applied Special Technology (CAST).

Source : rapport du CRIM sur l'accessibilité du Web québécois, août 2000
Nombre de pages approuvées par Bobby™ par site (50 X 10 pages).
Sur un total de 496 pages analysées, 104 pages ont été approuvées par Bobby™ (21%) (voir note 6). Très peu de sites québécois sont donc accessibles aux Internautes handicapés: 6 sites sur 50 (12 %) rencontrent des critères minimaux d'accessibilité pour les personnes ayant des incapacités, telles que définies par le World Wide Web Consortium (W3C) (voir note 7).
Les problèmes les plus fréquents relevés par l'étude sont :
Par résolution du Conseil d'administration, le CAMO a mis en oeuvre un projet d'organisation d'un colloque sur les NTIC en affectant 282,000$ amassés auprès d'Emploi-Québec, Développement des ressources humaines Canada et Patrimoine Canadien ainsi qu'en consacrant presque à temps plein une ressource humaine sur ce projet.
Concrètement, les objectifs visés par ce projet étaient de permettre aux différents acteurs du Québec de s'informer et d'échanger sur la problématique, de favoriser l'analyse des besoins et des enjeux ainsi que de stimuler l'établissement de partenariats et la formulation de solutions en matière de NTIC et d'intégration socioprofessionnelle des personnes handicapées.
La mise en oeuvre de ce projet a débuté officiellement en janvier 2000 avec la première rencontre du comité des partenaires. Ce comité, ayant pour mandat d'orienter les interventions du CAMO dans le domaine des NTIC, regroupe des représentants des milieux de la recherche, de la réadaptation et des personnes handicapées, des industries en aides technologiques ainsi que des milieux gouvernementaux et sectoriel. Concrètement, il s'agit des organisations suivantes :
Ayant pour thème « Pour une technologie branchée sur la diversité », le colloque a eu lieu les 2 et 3 octobre 2000 à Laval, Québec. Près de 150 participants, provenant des milieux associatif des personnes handicapées, syndical, scolaire, de la réadaptation, des deux paliers gouvernementaux, de l'industrie des appareils technologiques spécialisés, etc., ont assisté aux diverses activités qui ont eu lieu au cours des deux jours.
Ainsi, les participants ont pu assister à différentes conférences portant sur les nombreux aspects de la problématique, présentées par une quarantaine de conférenciers provenant du Québec, du Canada, des États-Unis, de l'Europe et de la Nouvelle-Zélande.
Notamment, la conférence principale était présentée par le Professeur Joseph P. Lane, directeur du Rehabilitation Engineering Research Center on Technology Transfer (T2-RERC) de l'Université de New York à Buffalo. Son allocution portait sur les opportunités de collaboration en matière de technologies et de limitations fonctionnelles.
Les autres conférenciers présentaient à l'intérieur d'ateliers thématiques portant, entre autres, sur : les rôles des gouvernements, les technologies dans monde l'éducation et du travail, l'adaptation de produits standards, la place des usagers, les enjeux et perspectives, l'accès au Web, etc. (voir note 8)
À l'issue de ce colloque, les principales recommandations se regroupent dans les champs d'intervention suivants : la recherche & développement, le rôle des gouvernements, les sites Internet, la coopération internationale en recherche, le milieu professionnel, la formation et les types d'intervention à privilégier.
En résumé, le colloque Pour une technologie branchée sur la diversité a permis de dégager des pistes d'actions futures afin de promouvoir le développement de solutions technologiques avantageuses pour tous.
Il est clair que, dans l'ensemble, nous partons de zéro lorsqu'il est question de l'impact des NTIC sur l'intégration des québécoises et québécois handicapés. Au cours des deux dernières années, nous avons été à même de constater que les enjeux de la révolution technologique auxquels sont confrontées les personnes handicapées sont peu ou pas connus par les divers milieux concernés. Certes, certains de nos partenaires sont très actifs dans ce domaine (ex : les entreprises québécoises des technologies adaptées, les centres de réadaptation, certains organismes dont les clientèles éprouvent des besoins particuliers en matière de communications, etc.).
Toutefois, ces intervenants sont trop peu nombreux et trop souvent isolés. De plus, plusieurs interlocuteurs ne se sont toujours pas concrètement engagés dans ce dossier, notamment, l'industrie québécoise des produits technologiques standards, les Webmestres, les législateurs, les établissements qui forment les ressources humaines dans le secteur technologique, etc. Cependant, une ouverture a été manifestée à plusieurs niveaux et, de concert avec nos partenaires, le CAMO a commencé à mettre en oeuvre un plan d'action triennal adopté par notre Conseil d'administration en avril dernier.
Il s'agit de réaliser, sur une période de 3 ans, une série d'activités de recherche, d'expérimentation et de communications afin de mettre en place une stratégie d'intervention appropriée visant à réduire, voire éliminer, la fracture numérique vécue par les québécoises et québécois handicapés en formation et en emploi (voir note 9).
Le volet recherche vise à développer l'expertise et à alimenter les réflexions ou expérimentations. Deux analyses seront entreprises :
Le volet expérimentation vise à développer des stratégies ou modèles d'intervention et à alimenter les recherches et réflexions en cours. Des activités d'information, de formation et de développement sont proposées. Les principales activités sont :
Le volet communications vise à diffuser et partager l'expertise, à informer et sensibiliser les divers acteurs ainsi qu'à promouvoir l'expertise québécoise, notamment au sein de la francophonie. Concrètement, il est question de :
En terminant, il importe de souligner l'importance de s'impliquer dans le domaine des NTIC. Les enjeux sont graves.
Lorsqu'on constate que très peu de sites Web québécois répondent aux critères minimaux d'accessibilité établis par le W3C, que les applications et équipements informatiques et de télécommunications ainsi que les réseaux intranet posent des obstacles considérables pour certaines déficiences, qu'on connaît peu, au Québec, les besoins des personnes handicapées en matière de NTIC dans les divers milieux de travail et d'enseignement ainsi que chez les développeurs de produits et de contenus technologiques, on peut alors facilement imaginer les conséquences néfastes de cette situation sur les efforts mis de l'avant par les partenaires du marché du travail en matière d'intégration et de maintien en emploi des personnes handicapées.
En effet, les enjeux nous interpellent à agir dès maintenant car sinon, l'exclusion socioprofessionnelle que vivent ces personnes prendra de l'ampleur et, tout comme les autres domaines touchés par la problématique de l'intégration socioprofessionnelle des personnes handicapées, le retard sera très difficile à rattraper.
Le CAMO pour personnes handicapées espère que le présent congrès organisé par le Conseil canadien de la réadaptation et du travail favorisera à sensibiliser davantage les acteurs concernés sur les questions d'accessibilité et de design inclusif, particulièrement en ce qui concerne les NTIC, afin de garantir aux personnes handicapées un « monde sans obstacles »

La Commission des partenaires du marché du travail contribue au financement des activités du
Comité d'adaptation de la main-d'oeuvre (CAMO) pour personnes handicapées.
Pour plus de renseignements sur le marché du travail et sur les programmes et services publics d'emploi, consultez le site d'Emploi-Québec.